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-Peut-on porter des vêtements anciens ?Non. Combien de fois m’a-t-on proposé de faire participer la collection à des défilés de mode, combien de fois m’a-t-on demandé si je portais mes pièces, ou était disposée à les louer, pour du théâtre, ou des sorties 1900 ? Si ces questions reviennent si souvent, c’est que, la plupart du temps, personne ne suppose l’extrême délicatesse des tissus anciens. Et encore moins leur intérêt historique, voire muséographique…Plusieurs points sont à mentionner :- Nos corps ne correspondent absolument pas, ou plus, à ce type de vêtements. Nous ne portons plus de corsets depuis l’enfance, notre taille et notre corpulence sont de loin supérieures à celles de nos aïeul(e)s. Deux conséquences : nombre de pièces sont aujourd’hui importables, à moins de pratiquer de funestes altérations à la coupe du vêtement. Le deuxième résultat, et non le moindre (au risque de froisser quelques susceptibilités) est de friser le ridicule ! Porter une jupe beaucoup trop haut au dessus de la cheville, ‘’assortir’’ une cape 1880 avec une jupe 1905, passer un corsage à l’envers, aller tête nue à l’extérieur, afficher taches et trous sur une riche tenue, en ne réalisant pas qu’une robe de soie à décolleté ne se portait pas en ville…tous les usages passés ne sont pas les nôtres, et c’est en toute logique que ce type de méprise se voit couramment. - Chaque pièce étant unique, risquer sa dégradation par son port, c’est engager la disparition d’un témoignage unique en son genre. La perte est irrémédiable, immense, puisque ce costume ne pourra pas être transmis. - Le vêtement ancien est un malade en puissance. Même d’apparence bien conservé, il porte en lui les marques du temps, de l’usure. Même en appliquant strictement les règles de conservation que je m’impose, je suis néanmoins consciente que le textile est un matériau vivant, qui a donc une vie…et une mort. Il n’y a rien à y faire, tout au plus peut-on retarder le processus de dégradation. C’est exactement la même chose pour les documents sur papier, fragiles à la lumière, à la température, au taux d’humidité, aux parasites, à l’air et à son acidité potentielle.- Le corps et la mouvance imprimée par la marche pratiquent des frictions sur l’étoffe. Des points de fortes pressions (épaules, poitrine, taille, hanches…) génèrent des faiblesses dans le textile (notamment autour des boutonnières, par exemple). Parfois invisibles, ces dégradations récentes ne se révéleront que des mois, voire des années plus tard. Ces usures sont bien évidemment catastrophiques pour la pièce, qui voit alors sa longévité et sa valeur marchande diminuer à vue d’œil. Quand le phénomène est déclaré, la dégradation qui s’ensuit est souvent fulgurante.

-Alors que proposer, en remplacement ?La réalisation de copies historiques de qualité comblera tous les amoureux de costume d’époque. Patrons anciens, revues analytiques rédigées par des professionnels sont des aides précieuses. Tout autant que l’étude de vêtements endommagés, qu’on appelle à juste titre des documents. L’appréhension directe de ces pièces en péril livrera de nombreux secrets de coupe à la couturière (ou au couturier) inspiré(e), qui aura tout le loisir d’adapter le costume qu'il va créer au port actuel. La question du confort, de la commodité, se pose également… -Peut-on exposer des pièces chez soi en permanence ?Non. Là aussi, je suis très restrictive. Si l’on considère que le mannequin exerce lui aussi des points de pression sur le costume (principalement aux épaules, à la taille), une exposition permanente est tout à fait néfaste. Il est nécessaire de savoir se priver de la vue de sa merveille si l’on veut la voir ‘’durer’’.On considère que l’étoffe ainsi exposée se distend de 3 à 4 cm en l’espace d’une vie, ce qui est énorme (il faut beaucoup moins de temps pour aboutir à la destruction complète de la pièce). A cela on peut ajouter une décoloration définitive de l'étoffe (voir par exemple la robe mauve vers 1880). En règle générale, à chaque nouvelle acquisition, je dispose ma trouvaille en vue durant une semaine (en prenant garde de ne pas l’exposer au soleil) puis la range dans un carton à ses dimensions. Les photographies sont également très précieuses. Si l’on souhaite faire une exposition de costumes, quelques mois sont possibles, au maximum six. L’étoffe devra ensuite prendre du repos, afin de se re-détendre...et ce pendant plusieurs années !!! -Que faire si l’on souhaite restaurer un costume d’époque ?Il y a deux possibilités : soit on décide d’intervenir, soit on laisse la pièce en l’état. Dans certains cas, on pourra lui redonner allure et vie, dans d’autres cela sera totalement impossible. On peut faire le choix du respect strict du costume, d’un point de vue historique et muséographique, sachant qu’aujourd’hui, les modes de pensée, les matériaux et les techniques ont considérablement évolué.- En outre, préférer coudre à la main plutôt qu’à la machine. Et privilégier l'usage de matériaux d'époque.En résumé, je ne conseille pas de vouloir restaurer à tout prix. Lorsque les soies sont usées, fusées, décolorées, défraîchies, il n’y a souvent plus rien à faire. Tout dépend de l’importance et de la localisation de la dégradation. Une doublure qui ‘’coupe’’, ce n’est pas si grave qu’une jupe entière qui fendille de toutes parts. Bien sûr, si une couture a cédé, il est évidement possible de redonner délicatement quelques points discrets. Autant que possible, essayez de vous adresser à des restaurateurs qualifiés. Si vous souhaitez acquérir une pièce endommagée, considérez son prix d'achat et le montant souvent élevé des frais de restauration.Il m’est arrivé de trouver des costumes en pièces, partiellement ou totalement démontés. On espère toujours que rien ne manque, mais il manque presque à coup sûr quelque chose. Certains sont remontables, à grand renfort de temps et de réflexion. Ces puzzles-là doivent être réassemblés surtout si leur étoffe, leur style ou leur provenance présentent un intérêt particulier. C’est aussi un apprentissage de premier ordre, idéal pour faire ses armes sans risques. -Quelle est la valeur d’une robe ancienne ? Y a t il une cotation ?Question difficile. Certes, il y a un marché et un cours, toujours fluctuant, mais de nombreux facteurs sont à prendre en compte :- Sa provenance. Lorsque le nom de la propriétaire est connu, ou surtout de noble naissance, parfois photo à l’appui, la valeur peut littéralement exploser.- Griffée ou non. La pièce est-elle d’une bonne main, ou la création d’une modeste couturière ?- Paris ou province. Cette question-là n’a que très peu d’importance à mes yeux, considérant que les pièces les plus simples ou campagnardes ont autant d’intérêt que les plus bourgeoises. Les premières sont d’ailleurs sans doute plus en péril, car très souvent jetées ou brûlées. D’autre part, ces costumes populaires étaient souvent portés jusqu’à usure complète, ce qui n’est pas le cas d’une robe de bal, souvent portée une seule et unique soirée…- L’état. Si chaque vêtement ancien recèle des défauts, une trop grande dégradation fera chuter sa valeur. Le dépouillage d’ornements (broderies, dentelles, perles) est hélas courant et dommageable.- L’état de propreté. Certains défauts, taches, empoussièrement, sont atténuables, et d’autres non. Une tache de thé sur un corsage, vieille de cent ans, n’est à mon sens pas nettoyable.- Les altérations anciennes. Nombre de robes ont été revues et corrigées par leur propriétaire ou leur descendance, quelques années après leur création. Soit par économie, par manque de moyens durant les guerres, ou tout simplement parce que le tissu était sublime et en bon état. La mode changeait si vite alors… Ce réemploi, très répandu, fait lui aussi baisser la valeur, car bien souvent les altérations pratiquées ne sont pas de qualité. Lorsque la recoupe de la pièce est habile, judicieuse, on peut cependant considérer l’aspect social de ce recyclage, qui prend ainsi une importance d’un point de vue ethnologique si j’ose dire !-Malheureusement, les costumes aux tailles portables de nos jours coûtent généralement plus cher, car les amateurs sont très nombreux. Ne prêtant aucune attention aux tailles, il m’arrive régulièrement d’acquérir plus aisément des robes que seule une enfant pourrait enfiler (tour de taille inférieur à 50 cm).Tous ces paramètres font qu’il n’existe pas vraiment d’argus. Actuellement, la demande a plutôt tendance à augmenter, tandis que le marché se resserre. Je trouve encore des pièces à très peu de frais, pour quelques dizaines d’euros, mais de moins en moins. Les grands collectionneurs comptent plutôt en milliers d’euros…mais on peut déjà se faire plaisir entre 150 et 300 euros pour de petites et moyennes pièces. -Lors de l’acquisition, qu’est-ce qui compte le plus ?Tous les points précédents, y compris le prix ! En tête des priorités, ne pas oublier de placer son attrait personnel : coup de cœur ou non ? Ainsi qu’en peinture, certaines choses vous parleront plus que d’autres…Pensez également à la place dont vous disposez pour ranger votre trésor. Il est plus simple de stocker plusieurs robes charleston qu’une seule robe à tournure… - Comment nettoyer les textiles anciens ?- L'aspiration est indispensable. Il est donc nécessaire de faire l'acquisition d'un matériel adapté...- De manière générale, je déconseille la machine à laver. Bien que son usage serait possible pour le blanc, le risque est grand de voir l’étoffe s'altérer, se prendre dans le tambour, ou d’assister à un rétrécissement du costume.-Pour les soies tachées, l’essence volatile (type essence F) peut donner de bons résultats, sans risques.-Pour le blanc, un bain d’eau tiède savonneuse est idéal. Préférez l'usage d'eau déminéralisée. J’utilise du savon noir ou du savon de Marseille en paillettes. Pas de produits chimiques comme Vanish ou Blanco. Il faut être très très prudent avec l’eau de javel, qui, sur certaines taches roussâtres, agira parfaitement, mais créera un joli trou à la place…et comme tache vaut mieux que trou…-Pour le défroissage aussi bien que pour le dépoussiérage de l’étoffe, un défroisseur vapeur fera merveille. J’ai depuis longtemps banni le fer à repasser ! Il faut alors prendre son temps, et ne pas hésiter à reformer délicatement à la main, choux, nœuds et falbalas gâtés par plus d’un siècle de stockage. Proscrire le pressing.- Enfin, si vraiment une robe ancienne est trop crasseuse, il faut savoir que la poussière contenue dans sa fibre joue le rôle d’abrasif, et accélère la dégradation de la trame de l’étoffe. Lorsqu’on n’a plus rien à perdre, une robe en soie pourra être plongée dans un bain d’eau savonneuse. De légers tapotements aideront à faire sortir la crasse des fibres. On peut laisser tremper un moment la pièce. L’instant le plus délicat est celui, où, gorgée d’eau, elle devra être sortie du bain. Petite astuce pour éviter les mauvaises surprises : disposez un linge (toile de coton neutre) sous le costume, pour ensuite le soulever à l’aide de cette pièce de coton. Ainsi soulagé de son poids et de celui de l’eau dont il regorge, il ne risque rien. Ne pas essorer, et étendre à plat le costume sur un séchoir. Je laisse sécher tout doucement au grand air, à l’ombre. Cela prend du temps, mais les résultats sont bons. Vous retrouverez un costume peut-être non détaché, mais terriblement plus doux, souple et brillant. Prenez garde néanmoins à tester la résistance du colorant ; certains ornenements (broderies de couleur, garnitures contrastantes) peuvent très bien déteindre. De même, méfiez-vous des agrafes : certaines rouilleront immédiatement, produisant des auréoles orangées tout autour d'elles...





LE GEAI PARE DES PLUMES DU PAON
Un paon muait : un geai prit son plumage; Puis après se l'accommoda;Puis parmi d'autres paons tout fier se panada, Croyant être un beau personnage.Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué, Berné, sifflé, moqué, joué, Et par messieurs les paons plumé d'étrange sorte ;Même vers ses pareils s'étant réfugié, Il fut par eux mis à la porte.Il est assez de geais à deux pieds comme lui,Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui, Et que l'on nomme plagiaires.Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui : Ce ne sont pas là mes affaires.

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Précédente SuivanteJean de La Fontaine. Recto et verso d'un carton du Bon Marché, vers 1900.
 
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